Imbroglio amoureux et illusions retrouvées…

Une comédie tragique qui rappelle que tout n’est que théâtre… Pridamant, accompagné de son ami Dorante, consulte le magicien Alcandre pour retrouver son fils Clindor. Il découvre que celui-ci est devenu, le valet de Matamore, capitan gascon, dont la vantardise est à la mesure de sa poltronnerie. Matamore est amoureux d’Isabelle qui a pour soupirant Adraste dont elle se moque éperdument. La belle n’a d’yeux que pour Clindor qui lui-même a pour soupirante Lise, la suivante d’Isabelle. Mais Lise veut se venger de l’indifférence de Clindor. Elle complote un stratagème en montrant au grand jour à Adraste l’amour que voue Clindor à Isabelle. Les ficelles sont mêlées pour resserrer le nœud de l’intrigue et nous plonger au cœur du théâtre des illusions…

Une illusion réussie
Aidé par Matamore, personnage présent dans la Commedia dell’arte ainsi que dans « L’illusion comique », Anthony Magnier propose une mise en scène dans la pure tradition de la Commedia dell’arte avec pour chacun des personnages un jeu très marqué dans les mimiques et la gestuelle, le tout ponctué d’effets comiques. Il bouscule aussi le texte en coupant certaines scènes donnant un mouvement plus rapide à la pièce. Les acteurs jouent avec le public, interpellent les spectateurs. Des intrigues rocambolesques aux clins d’œil à l’actualité, rien ne fait oublier les rouages clés de la Commedia dell’arte. Un vent d’improvisation souffle dans les répliques. Les masques, maquillages et duel nous rappellent à chaque instant le pouvoir magique qu’a la Commedia dell’arte de nous embarquer dans une histoire pleine d’intrigues et de rebondissements sans que nous y mettions de résistance.

L'illusion Comique

Le décor est une estrade de bois habillée d’un simple rideau. Rideau baigné par une lumière chaude donnant un rendu de scène intime et coloré respectant ainsi la tradition de la Commedia dell’arte où jusqu’au XVIIème siècle les comédiens jouaient sur des tréteaux pour repartir le lendemain dans un autre lieu. Trois fûts métalliques sont disposés des deux côtés de la scène et sont judicieusement utilisés soit comme cachette soit comme instruments de percussion. Percussions utilisées lors des scènes d’intrigue dans un rythme endiablé et soutenu. Les guitares « espagnoles », quant à elles, accompagnent les romances de nos amoureux et apportent au jeu une légèreté toute romantique.

Le dernier acte est un délice de mise en scène où un clin d’œil est fait au théâtre japonais avec un jeu d’ombrelles précédé d’un petit interlude musicale comme inspiré d’un conte humoristique. On se laisse transporter par la musique des mots, par le bruit des épées, par les masques, par le jeu vif des comédiens. Cet « étrange monstre » comme Corneille appelait sa pièce devient avec la troupe Viva la Commedia un joli « monstre » masqué.

Que ceux qui redoutent Corneille qu’ils se rassurent, on l’oublie presque par la mise en scène et le jeu des comédiens. Et que ceux qui l’adorent ne s’inquiètent pas, ils le redécouvriront.
La pièce se termine par une apologie du théâtre déclamée par Alcandre en direction de Pridamant en faisant un éloge du métier de comédien pour lequel son fils Clindor se voue. Hommage au Théâtre que les pouvoirs depuis toujours ont soit méprisé, soit utilisé, soit oublié. En sortant de la salle, une envie d’y revenir vous taraude pour rendre hommage à Viva la Commedia et les remercier de faire perdurer le jeu de la Commedia dell’arte.

Depuis le XIXème siècle, la Commedia dell’arte a quasiment disparu de nos scènes. Peu de troupes se réclament de ce genre théâtral. Aussi, quand un grand texte de Corneille est servi avec bonheur et générosité par une troupe comme sortie tout droit d’un canevas de Ruzzante, on a envie de dire qu’une seule chose… dépêchez-vous d’y aller !

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
L’Illusion Comique
De Corneille
Mise en scène d’Anthony Magnier
Avec : Philippe Altier, Axel Drhey, Caroline Dutheil, Yannick Laubin, Anthony Magnier, Gaëlle Pavillon, Bertrand Saunier

Au théâtre de Ménilmontant
15, rue du Retrait, 75020, Paris
Réservations : 01.46.36.98.60
Le samedi 27 décembre à 21h[/slider]